Végétarisme, végétalisme et véganisme (3): réactions du grand public et ma petite cuisine à moi !

Publié le par SeraphinaPekala

  

C'est un billet résolument perso. Non que je tienne ma vie pour passionnante, mais j'ai envie de parler de ce point précis : ma "conversion" au végétarisme, les difficultés que je rencontre au quotidien, les plaisirs aussi, et le chemin parcouru - car c'en est un, et je ne suis pas encore au bout. Parce que lire des infos, c'est bien, mais qu'un témoignage est toujours utile.

 

Et puis bon, le but n'est pas de donner des leçons, je l'ai déja dit... mais je serais tout de même heureuse de pouvoir contribuer à éveiller les consciences, à sensibiliser au problème !

 

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Les végétariens, alors ! Ils laissent rarement indifférents.

Depuis que j'ai opté pour ce régime, voilà à peu près 1 an 1/2, j'ai du être confrontée à tous les cas de figure :

  • souvent la curiosité ("ah bon ?")
  • souvent aussi (heureusement) la tolérance ("OK, pas de problème") (=" ça va juste être le casse-tête pour te faire à manger mais sinon ça va..." )
  • parfois l'admiration ou le respect (qui, à mon sens, n'ont pas lieu d'être : un végétarien n'est pas un surhomme, il ne se prive pas du tout ),
  • parfois (souvent aussi ) l'incompréhension, voire le mépris plus ou moins affiché. Pour bien des gens, les végétariens sont des illuminés qui "ne savent pas vivre" (= profiter des bonnes choses), qui renient leur patrimoine gastronomique, leurs traditions familiales, des marginaux, bouffeurs de graines et forcément carencés de tous côtés (bintiens). Tant qu'on y est, on peut ajouter les cheveux longs et graisseux, les effluves d'encens et de patchouli, le pétard et les cotonnades indiennes : le tableau est complet.

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Le fait est qu'être végétarien est souvent un choix, un engagement.... et que comme tout engagement, il nécessite d'être assumé. Dans une société fondée sur un certain conformisme, il est plus facile d'être comme tout le monde que de dire "non, je suis différent".

La différence, cela dit, est toute relative selon le groupe dans lequel on se situe : en France, seule 0,5% de la population est végétarienne. En Angleterre, environ 10%. En Inde, environ 20%.

 

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J'avoue que pour moi aussi, ce mode de vie et cette communauté étaient sans intérêt jusqu'à ma prise de décision. Je ne voyais pas l'intérêt d'être végétarien, cela ne m'attirait pas. J'ai toujours aimé les animaux, bien sûr, mais certains plus que d'autres... et surtout, je ne faisais pas la relation entre la viande qui était dans mon assiette et l'animal caché derrière. J'avais beau savoir que le gigot, c'était de l'agneau, je savourais le gigot et ne pensais pas à l'agneau. J'avais beau avoir entendu, aussi, que la production de viande était le principal facteur de bouleversements climatiques, je ne voyais pas ce que moi, individuellement, je pouvais y changer. Mon plat préféré était le veau marengo et je mangeais du veau marengo sans culpabiliser. Sans me poser de questions. Ayant grandi dans une ferme, j'avais en tête l'image des vaches broutant dans les prés et des poules courant en liberté. Et je me figurais que c'était la norme. Qu'évidemment, ces animaux-là devaient fatalement être tués à un moment ou un autre (pour finir dans notre assiette, bien obligé) mais que ça se faisait plus ou moins à l'ancienne, même dans les abattoirs. Qu'hormis ce mauvais moment à passer - mauvais mais nécessaire - les animaux pouvaient jouir de conditions de vie normales, propres à leur espèce.

 

Ca, c'était avant ma prise de consience.

Avant que je ne visionne un petit film ... aux images et aux commentaires insoutenables, mais que j'ai tout de même choisi de diffuser. Parce qu'encore une fois, il est beaucoup plus confortable de ne pas savoir. Et que vouloir savoir exactement ce qu'on a dans son assiette, ça me paraît élémentaire.

 

Voilà. Je n'ai vu ce film qu'une seule fois et n'ai pas eu la force d'aller jusqu'au bout. Je crois me souvenir que j'ai pleuré pendant 2 jours.

 

Ma décision a été immédiate : arrêter de cautionner ça. Ne plus être complice de cette monstruosité, maintenant que je savais.

 

C'était en avril 2009.  J'ai commencé par ne plus manger de viande... hormis quelques lardons de temps en temps.

 

Au bout de quelques jours, j'ai décidé de ne plus en manger du tout. Je continuais à accepter le poisson par souci de sociabilité, pour pouvoir sortir au restaurant et manger chez des amis sans qu'ils aient l'impression de ne pas me nourrir correctement. Et tant qu'à faire, j'en cuisinais aussi.

 

La viande ne me manquait pas, et ce n'était pas difficile : ne pas en manger ne relevait nullement d'un effort de volonté mais d'un profond dégoût.

 

Tant qu'à faire, je me suis ouverte à d'autres saveurs... testant les produits pour végétariens souvent méconnus du grand public : le tofu, les steacks de soja, le quinoa, le boulgour... J'ai appris à les cuisiner, à les intégrer à mon alimentation.

 

Très récemment, nous sommes allés en vacances en Polynésie. 1 mois à manger du poisson et des fruits de mer à toutes les sauces pour cause de restau. J'ai fini par frôler l'overdose, d'autant que les poissons - on-ne-peut plus frais et ayant grandi dans leur mileu naturel, eux !  - étaient souvent mis à mort sans complaisance. Les Tahitiens les découpaient vivants, sans se préoccuper de quoi que ce soit... partant du constat simpliste qu' "un poisson, ça ne souffre pas". 

 

Bref, depuis deux mois environ, je ne mange plus de poisson. Et, m'étant abondamment documentée sur le végétarisme, le bio, l'écologie et tout ça, je réduis aussi peu à peu ma consommation de lait et de produits laitiers. (Contrairement à une autre idée reçue, le lait n'est nullement indispensable à l'alimentation humaine : les seuls à avoir besoin du lait de vache, ce sont les veaux. Et le calcium, on en trouve ailleurs que dans les produits laitiers : le tout est de bien s'informer sur la question pour ne pas avoir de carences). Je suis donc passée aux yaourts maison, grâce à une vieille yaourtière retrouvée au grenier (tout bénef question goût, économies et conservateurs). Et les yaourts, je les fais au lait de soja. J'ai encore du mal à me passer de fromage, mais vu la façon dont je considère le lait depuis que je sais ce que les vaches laitières endurent*, j'imagine que ça viendra.

 

Je continue à consommer des oeufs et du miel ... tout simplement parce que je perçois mal l'exploitation de l'animal derrière tout ça. Il va sans dire que je n'achète que des oeuf bio (poules élevées au grain et en plein air). Les poules ainsi élevées ne m'ont pas l'air malheureuses, pas plus que les abeilles. Je me trompe peut-être... et si on me le prouve je suis prête à revoir ma position.

 

Pour les légumes, je viens de m'inscrire (faute d'en avoir trouvé avant) à un panier bio, sur le même principe qu'une AMAP : légumes frais et bio, pour favoriser l'agriculture locale et sans pesticides.

 

J'achète des produits d'entretien écologiques, les composant parfois moi-même : il suffit de 3 fois rien ... et encore une fois, c'est tout bénéf pour les animaux et le porte-monnaie.

 

Etant coquette, j'ai toujours claqué un fric fou en soins, parfums et maquillage. Là encore, j'ai revu récemment ma position (tout est affaire d'information) : pas question de continuer à acheter ou utiliser des marques qui ont recours aux tests sur les animaux. J'ai découvert avec bonheur des matières premières naturelles, écologiques et respectueuses des animaux. Et - surtout - efficaces et qui sentent bon.

 

Dans l'idéal, je boycotte aussi le cuir, la laine et - bien évidemment - la fourrure. Le cuir, parce qu'on ne peut pas prendre la peau d'un animal sans le tuer... et que le tannage requiert des tonnes et des tonnes de polluants (qu'on ne voit pas chez nous, en Europe, parce que tout ça se passe en Inde : encore une fois, on a arrangé les choses de façon confortable). Mais il n'est pas toujours facile de trouver de belles chaussures ou un beau sac à main en synthétique, alors... c'est au cas par cas... mais, disons, en bonne voie.

La laine, parce que les moutons élevés pour leur laine sont la plupart du temps tondus pour raisons de rendement... lesquelles raisons ne tiennent pas toujours compte du climat. De nombreux moutons de Nouvelle-Zélande, par exemple, meurent de froid parce qu'on les a tondus trop tôt dans la saison.

Et la fourrure... je crois que ça se passe d'explications. Mais je préciserai tout de même - sait-on jamais - que pour avoir un col ou un manteau brillant, il faut que l'animal soit écorché vif. Voilà.

 

Voilà pour les questions "et toi, et toi, et toi" !  En résumé, je pourrais me définir comme végétarienne à tendance végan, ou végan à 80%. Encore une fois, c'est plus une question de ressenti que de vocabulaire : à chacun d'agir  selon son coeur et ses choix.

 

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Quant à la façon dont tout ça s'assume au quotidien... je dirais facilement, de plus en plus facilement.

Ayant basculé (vous l'aurez compris) par respect envers les animaux, je suis bien évidemment tentée de me montrer excessive et de mépriser les gens qui mangent de la viande. Mais le mieux étant, en ce domaine comme ailleurs, l'ennemi du bien  , je prends sur moi quotidiennement pour cohabiter avec des carnivores (à commencer par celui qui partage ma vie et qui, lui, respecte plus ou moins mes choix). Je me contente de promouvoir le végétarisme et de militer pour la cause animale tout entière. Quant aux élégantes porteuses de fourrure... comment dire.... je bondis mais me retiens de m'exprimer vertement au nom du politiquement correct (mais dans ce genre de cas... qui l'est et qui ne l'est pas ?) et me répète comme un mantra "Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font " !!!

 

 

Je prends sur moi aussi pour oser dire "ni viande ni poisson" chez des amis ou au restaurant. Là, c'est selon : restau gastronomique implique souvent aucun effort fait en ce sens, les portions de légumes qui accompagnent la VIANDE étant ridiculement petites. Alors je fais, moi,  un GROS effort et mange du poisson, avec de moins en moins d'enthousiasme. Peut-être oserai-je prochainement m'affirmer un peu plus, je ne sais pas... je ne tiens pas à faire honte à l'Homme non plus. Le quotidien est ainsi plein de petites anecdotes plus ou moins sympathiques... depuis la bruschetta "spéciale sans jambon" que le patron de chez Mario (St Quentin !) prépare pour moi, jusqu'au filet de boeuf qu'une copine avait préparé en mon honneur et que j'ai du avaler (je l'ai encore sur l'estomac), en passant par la froideur et le mépris à peine déguisés d'un maître d'hôtel en Corse. En ce qui concerne les produits laitiers, je n'ai pas encore osé l'ouvrir... par peur de me faire lyncher.

 

Voilà où j'en suis. Je ne pense pas être mieux que tout le monde, je pense juste - en toute honnêteté - être mieux informée que la plupart. Et il se trouve que les infos que j'ai me révoltent, voilà pourquoi. Le chemin vers un mode de vie idéal est , on le voit, sinueux ... et me semble encore long.

Publié dans Infos VEGE

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Camille 05/05/2011 14:15



7 mois après le début de mon végétarisme, je relis ton article, et ça me fait sourire. J'ai avancé dans le même ordre que toi (sauf que je n'ai pas cuisiné de poisson au début). J'appréhende les
rares fois où je dois mettre les pieds au resto maintenant. Entre les serveurs qui ne comprennent rien ("Bah vous pouvez enlever les lardons si vous n'aimez pas" ou "Donc je vous sers quoi ??")
et les cartes très limitées (la semaine dernière encore, je revois mes grands-parents pas vu depuis des lustres - et donc pas encore au courant de mon végétarisme - qui veulent à tout prix
m'emmener manger sur la digue... à part poisson et viande il n'y avait RIEN de VG, même pas une salade sans cadavre... je me suis donc rabattue sur la salade aux crevettes en tous genres...),
c'est difficile de sortir.


Mes amis et ma famille sont devenus très compréhensifs et me préparent des parts juste pour moi ou adaptent au contraire leurs plats entiers à la façon VG quand ils me reçoivent. Ma belle-famille
la première, et je trouve ça touchant.


Mais sinon, c'est vrai que les réactions des gens sont souvent comiques... "Ben tu manges quoi alors ? Des légumes ?" ou "Ah ouais t'es fan de Brigitte Bardot" (LOL), ou encore "C'est pas
difficile de te priver ?"... Je leur réponds que, grands dieux, je n'ai jamais été aussi en forme depuis que j'ai banni les animaux de mon assiette, que mon dernier check-up complet (vitaminique,
ferritine, chol, diab...) se révèle excellent et même meilleur qu'avant, mais quand je tente de leur expliquer la raison de mon choix, ils ne comprennent jamais. Jamais. "Par éthique ? Mais par
éthique de quoi ?" ou "Ca change rien que tu manges ou non l'animal PUISQU'IL EST DEJA MORT" (dans le même genre : "Cette bête est morte pour rien tu vois, c'est encore pire que de la manger,
parce qu'au moins en la mangeant, elle sert à quelque chose" (c'est là que j'ai envie de répondre "ET TOI TU SERS A QUOI TROUDUC ?!") ), et le fatal : "C'est pas logique, si c'était vraiment par
éthique, t'aurais été végétarienne depuis plus longtemps/toujours" (rayez la mention inutile).


BREF ET POUR FAIRE COURT, c'est un combat de longue haleine où nous devons nous serrer les coudes !! J'en suis presque venue à pleurer de joie en rencontrant une collègue VG c'est dire...



RISKA 21/10/2010 22:22



Moi aussi, j'aime te lire !


Et si j'ai encore la chance de passer par chez toi, tu pourras me faire du VG ! j'ai envie d'y goûter car souvent, je me pose la question : que faire à manger ?? c'est déjà compliqué ainsi, alors
en retirant la viande !??? je ne sais vraiment pas ! Je me posais déjà des questions, mais grâce à toi (tu es la première VG que je rencontre ! oui ! oui !! c'est bien vrai !) je m'ouvre de plus
en plus.. je m'intéresse de plus en plus.. En plus, avec ta belle plume, tu m'accroches ! Encore merci ! et tu devras encore me supporter, car je n'ai vraiment pas l'intention de me désinscrire
de ta news ! lol  !! Je t'embrasse



Christelle LM 12/10/2010 18:57



Cela dit, j'ai aimé lire ces 3 articles. tu as un style fluide que j'aime beaucoup. C'était très bien documenté et très intéressant. Merci :)



Christelle LM 12/10/2010 18:54



Parfois on préférerait ne pas savoir plutôt que d'affronter la vérité. Mais rester consciemment dans l'ignorance c'est enocre pire je crois. C'est comme GAP ou Zara qui font fabriquer leurs
vêtement par des enfants dans leur usines. Le fait de simplement savoir ne permet pas d'assimiler complètement l'info et on s'autorise à douter. Mais le fait de le voir de ses yeux, change
complètement la dimension de l'info qu'on reçoit. Ca s'appelle regarder la vérité en face. Certains ont le courage de la regarder, d'autres de l'assumer, d'agir....tandis que d'autres ne l'ont
pas. Cette vidéo devrait être vue par tout le monde, certainement pas pour promouvoir le végétarisme, mais tout simplement pour que chacun sache ce qu'il a dans son assiette. Vu le chemin que
prend notre société, on est pas loin du scénario de "Soleil vert" (un vieux film que je trouve très révélateur de notre société actuelle). Bon je vais arrêter d'écrire un roman à chaque
commentaire. Quand je suis lancée, on m'arrête plus ! LOL



Camille 12/10/2010 14:26



Ta vidéo est tout bonnement insoutenable à regarder, je savais que ce monde-là était loin d'être rose, mais voir la vérité de ses propres yeux est effroyable. J'ai envie de vomir,
littéralement...